Short Nouvelle #5 – Tout fout le camp

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Le bout de la rue. Le bout du trottoir. Mon souffle m’assassine. Je respire du sang.

J’ai d’abord cru que c’était ma bronchite chronique. Mes glaires avaient cet aspect noirâtre, conséquence des trente années à fumer un paquet et demi par jour. Ça m’arrivait deux à trois fois par an pendant une semaine et c’était fini. Rien qui soit plus inquiétant que mon futur cancer. Ce n’était pas cher payé pour un suicide lent en paquet de vingt sans filtre. Mais là, au bout de dix jours, je crachais toujours et je commençais à avoir de la fièvre. J’attendis deux semaines avant d’aller voir un docteur. Un goût infâme commençait à squatter ma bouche.

Je m’arrête de courir. Je ne peux plus. Je les entends gueuler derrière. Mon intérieur se vide.

Tout s’est accéléré à la troisième semaine. J’ai commencé à perdre mes cheveux. Les antibiotiques ne servaient à rien. J’étais tout le temps en nage. J’avais beau me doucher en permanence, je puais. Une odeur d’animal mort oublié. À la fin de la semaine, mes ongles se barraient et j’avais la gueule d’une momie. Mes dents tenaient encore le coup. J’ai vraiment compris que j’allais y passer quand j’ai commencé à vomir mes tripes. Littéralement. Les ambulanciers sont venus me chercher. J’avais tenu un mois tout seul.

Je déverse des reliquats d’organe. Foie, estomac, pancréas ? Mes jambes cèdent. Ils arrivent.

Ils venaient me visiter dans leur tenue de cosmonaute et marmonnaient des trucs. Ils ont réussi à me stabiliser quelque temps. Ça ne m’a pas empêché de continuer à lentement me désagréger. Comme si mon corps voulait se débarrasser de tout ce qui n’était ni os ni chaire. Les cosmonautes ne comprenaient pas pourquoi je ne crevais pas. Moi non plus. Je ne mangeais plus. Je ne buvais plus. Je ne dormais plus. Je ne souffrais plus. Un ectoplasme en devenir. J’avais hâte…

À genoux. Mes entrailles continuent de se répandre. Cinq cosmonautes autour de moi. Je regarde le ciel. Très peu de nuages.

Je me suis mis à flipper quand ils ont commencé à me disséquer. Un petit morceau par ci, un petit morceau par là. Que mon corps décide pour moi, je veux bien, mais de là accepter l’ingérence, faut pas déconner. Du coup, je me suis enfui. Ce ne fut pas très dur, personne ne pouvait croire qu’un vertébré privé de fibres musculaires puisse se déplacer. Ils avaient tort. J’ai même réussi à courir quand ils se sont mis à me poursuivre. Ils ne m’auront pas vivant dans leur labo.

Je m’affaisse. Un cosmonaute tente de me soutenir. Je me brise enfin. Un amas au milieu d’une flaque. Bye.

Vous pouvez commenter, partager et aussi me suivre ici et . Merci.

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