Publié ! #2

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Présentation par l’éditeur les Éditions Rue Saint Ambroise

« Nous partons à la découverte du monde, alors que le monde est à Paris. Un court trajet
nous suffit pour changer d’univers. Aucun voyage n’est plus aisé et plus dépaysant.
Paris, ville ouverte nous conduit, par-delà les grandes avenues et leurs enseignes trop
clinquantes, au cœur des quartiers où bat la vie parisienne. Cela se passe dans un bistrot
kabyle de la rue Ordener, dans une allée des jardins de l’Observatoire, sur une terrasse
du canal Saint-Martin, tous les jours, des milliers de Parisiens se croisent et tous ont
quelque chose à nous dire.
Chacun des auteurs de ce livre connaît intimement le quartier qu’il habite. Les lieux
qu’il évoque et les personnages qu’il met en scène existent réellement. Le lecteur peut
les rencontrer. Ce voyage au cœur du réel, par le détour de la fiction, nous apprendra
plus sur Paris que n’importe quel guide, reportage ou film.
Paris, ville ouverte propose par ailleurs une iconographie renouvelée de la ville, qui tient
compte des mutations du paysage urbain, tout en la rattachant à la grande tradition de
Doisneau et Cartier-Bresson par le choix du noir et blanc. Il s’agit de saisir la modernité
et la diversité de la ville en accordant à l’image toute son autonomie.
Les lieux communs qui circulent autour de la gentrification et la muséification de
Paris tendent à donner une image homogène et figée de la ville, alors que la diversité
et le changement restent ses traits dominants. Plus qu’ailleurs, à Paris se côtoient les
contraires : l’ordre et le remous, le luxe et le dénuement, la tradition et l’avant-garde,
la culture française et les cultures du monde entier. Loin de se dissoudre dans un tout
anonyme, cette diversité renforce l’importance du quartier, lequel reste la véritable
patrie du Parisien. Cet ouvrage restitue la place du quartier et nous invite à découvrir
des lieux souvent connus des seuls habitants, des lieux qui facilitent la vie et rendent
heureux de voyager sans changer de ciel. »

Début de ma nouvelle Rue Notre-Dame-de-Nazareth :

Ce que j’aime dans cette rue, c’est l’été, quand le chien salue le loup. Un soleil sanguin vient se coucher dans l’axe de la rue et offre une magnifique perspective orangée. L’astre se transforme en point de fuite et donne une impression de zoom compensé, comme si les immeubles de la rue Notre Dame de Nazareth se penchaient au-dessus de trottoirs ayant perdu leur parallèle.
J’ai bientôt fini mon café à la terrasse du NordMarais. Il est 15 h 10, nous avions rendez-vous à 15 h.

*

Le métro quitte la station Bastille.
Assise sur un strapontin, Juliette est un visage de cire parmi les autres. Elle imagine que Benveniste doit déjà être en train de l’attendre. Il lui fera sûrement une de ses petites remarques sarcastiques pour qu’elle culpabilise. Elle déteste qu’il agisse ainsi, ça lui permet d’être méchant sous couvert de légèreté. D’autre part, s’il ne lui donnait pas rendez-vous systématiquement en bas de chez lui, elle ne serait pas obligée de passer une demi-heure dans le métro pour le retrouver. Elle n’est jamais très pressée de perdre du temps dans les transports en commun, elle a autre chose à faire que de s’intéresser malgré elle à toutes les petites vies luisantes qui l’entourent. Ce n’est pas tant la promiscuité que son empathie qui la gêne.

*

Mise à part la vieille synagogue qui n’a pas bougé, c’est incroyable ce que ce quartier a pu changer en trois ans. Il est passé d’une annexe du Sentier à une annexe des galeries d’art de la rue vieille du temple. Il est passé d’une rue de grossistes gouailleurs et sans partage à une rue de hipsters beaux et prétentieux. Je suis passé d’un quartier que j’adorais détester à un quartier que je déteste adorer. Mais j’avoue quand même préférer ce qu’il est devenu, car j’ai enfin un bar en bas de chez moi. Un bel espace néo-rétro qui me permet d’avoir un semblant de vie sociale en observant la vie des autres. Les trois associés gèrent le lieu comme un rêve qu’ils tentent de réaliser. Les employés offrent un sourire que j’aime croire sincère. La jeune clientèle donne envie de croquer dans le fruit amer de l’espérance post 2015. Et les quelques habitués échangent des sourires discrets pour exprimer leur connivence silencieuse. Le seul autre pilier que je connais s’appelle Jerry, un Américain un peu fou qui a abandonné sa vie en Floride pour écrire son premier roman à 50 ans. Pourquoi à Paris ? Parce que c’est joli.
Maintenant, je ne suis plus obligé d’aller jusqu’à Art et Métier pour trouver un bar potable et éviter les brasseries hors de prix de République.
Je vais reprendre un café.

(…)

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