Ode à la barre (de progression)

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Concentrons-nous un instant sur cet élément de notre vie courante trop peu célébré.

J’aime bien voir les barres de téléchargement défilées. Que ce soit quand un logiciel se met à jour, quand le jeu, le film, la série ou le disque choisi est en train de se téléporter dans votre ordi. J’aime voir ce vide se remplir plus ou moins lentement. Cette promesse qui est en train de se tenir sous vos yeux. Évidemment, c’est parfois trop long pour voir l’événement se produire dans son intégralité, mais je ne raterai pour rien au monde les derniers instants de ce néant en train de disparaître.

C’est du temps suspendu. Comme lorsqu’on regarde des nuages passer, un feu crépiter ou la pluie tomber. Ce sont les rares moments où notre insignifiance magnifique prend toute sa valeur ; où la course de notre vie si précieuse prend littéralement le temps de s’arrêter. Sauf que là où la nature poursuit son cours infini, la barre de téléchargement a une fin. Elle est profondément humaine dans sa destinée, et contrairement à nous, elle a réellement une vie après sa mort.

La barre de téléchargement est un accouchement virtuel. La time lapse d’une fabrication. On voit enfin le père Noël descendre dans la cheminée. Pourtant il ne fait pas grand-chose, le père Noël pendant sa descente à part cheniller plus ou moins longtemps dans un espace trop étroit. Tout dépend de la taille de la cheminée ou plutôt, pour être plus exact, de la taille du cadeau. Car bien souvent, plus l’attente est longue, plus la récompense sera grande, ce qui n’arrive que trop rarement dans la vie non virtuelle.

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D’autre part, ce n’est pas seulement la projection que l’on se fait du futur gain qui est palpitante, mais aussi ce que l’imaginaire fait pour combler l’attente. L’appel de l’ennui. Une espèce de veille cérébrale où pendant une minute ou deux ou dix, nous allons errer dans les limbes de notre inconscience subjective. Un moment de flottement sans matière et néanmoins très riche. Un instant où les secondes deviennent enfin ce qu’elles sont vraiment : une fraction infiniment petite du trajet de notre planète dans sa galaxie.

Il arrive parfois que la barre de téléchargement interrompe sa progression avant d’avoir atteint sa destination finale. Et là point de salut, le réel se rappelle à vous comme une claque. Le temps reprend ses droits monotones et brise toute attente. Vous fixez des yeux la barre de progression dans l’espoir que son immuabilité ne soit pas éternelle, mais après une concentration douloureuse sur ce pixel qui ne sera jamais plein, vous abandonnez et relancez le téléchargement. Le rêve a disparu et quand la barre reviendra vous informer de son état, vous l’oublierez et reprendrez votre activité laborieuse. L’imagination aura, alors, perdu tout pouvoir.

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