Short Nouvelle #16 – Moumousse

rick-and-morty-1767411_960_720

J’ouvre doucement la porte et jette un œil dans le couloir. Il est toujours là. Assis sur cette chaise, dans le noir. Il continue de me regarder avec ses yeux en soucoupe et son sourire cannibale. Tout en poil bleu, en bras et jambes disproportionnées et en nez rouge. Dire que c’était ma peluche préférée quand j’étais enfant. Dire qu’elle revient maintenant me hanter tous les jours. Dire qu’il va falloir que je supporte sa présence toute ma vie. Il ne veut pas que je devienne adulte, j’ai bien compris sa métaphore de merde.

Il s’appelait Biscuit dans l’émission pour enfants dont il est issu, mais je l’ai rebaptisé Moumousse. Mon père m’a expliqué plus tard que je lui avais donné ce nom en référence à un dessert que j’aimais beaucoup alors. Non, pas la mousse au chocolat, je l’ai toujours détestée, mais une espèce de gâteau à la mousse de fruit exotique. Bleu, évidemment. Et un gâteau bleu au goût acidulé, ça marque. Je n’aurais jamais dû lui donner un autre nom, depuis, il croit que c’est moi qui l’ai créé.

Jusqu’à mes trente ans, je l’ai toujours gardé avec moi. Ce n’était même pas pour me rappeler que j’ai été enfant ni pour conserver un bout de l’âme de cette époque, non. C’était uniquement un élément de déco pas cher qui faisait tout de suite très mignon quand il était isolé au milieu d’une collection de vinyles ou paumé nonchalamment sur l’étagère d’une bibliothèque. Mais Moumousse a toujours cru que je le gardais pour ce qu’il n’était pas : mon meilleur ami. Or, Dieu n’a pas d’ami.

Je m’en suis débarrassé lors de mon déménagement. J’ai fait le tri et Moumousse y est passé. C’était la première fois que j’emménageais avec quelqu’un et, le pire, c’est que mon compagnon a essayé de me convaincre de le garder. Il ne m’a pas tout de suite hanté. Il a attendu que je sois bien installé. Que le dernier carton soit vidé. Que le dernier élément de déco soit posé. Quand il a compris que personne ne viendrait le sortir de la décharge, il a dû décider de se venger.

Voilà donc deux semaines que, toutes les nuits, il m’empêche d’aller pisser. Je ne le vois jamais en journée. La première fois, j’ai évidemment réveillé Éric pour qu’il soit témoin de la peluche fantôme, mais elle disparaissait à chaque fois. Et comme je suis bien trop amoureux pour prendre le risque de passer pour un fou, j’ai fait croire à Éric que c’était une blague. Il l’a très mal pris, mais il avait déjà oublié le lendemain. Pas moi. Du coup, j’ai acheté un pistolet à urine que je cache sous le lit.

Quand j’y pense, c’est assez nul comme malédiction. Je veux dire, tant que je ne vais pas dans le couloir la nuit, il n’y a pas de Moumousse. Ainsi, à part un certain malaise quand je vérifie s’il est toujours là et que je l’aperçois au fond du couloir sur sa chaise, ça ne me gêne pas des masses. Et puis, quand j’aurai moins peur de le croiser, je pourrais retourner aux toilettes la nuit. Ce n’est pas comme s’il allait essayer de me chopper avec ses longs bras ridicules ou de me croquer avec son sourire en pointe ! Non ?

Vous pouvez commenter, partager et aussi me suivre sur Twitter et Facebook.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s