Short Nouvelle #17 – Le rappel de la nature

Autumn Atmosphere Nature Mystical Forest Glade

Encore empreint de sommeil, il ouvre la fenêtre et respire la forêt. Il remplit son corps de tout ce que cet extérieur matinal peut lui offrir. Un peu de rosée végétale. Un peu de terre légèrement remuée. Un peu d’écorce de pin sauvage. Même le soleil trompe sa timidité en envoyant un léger rayon sur l’œil du nouveau venu. Un extrait de chaleur en guise d’accueil de l’étranger. Benveniste est au comble d’une certaine sérénité, il va sûrement en profiter.

Pourquoi faut-il que j’erre en permanence ? Aucune sortie, aucun secours. Ce drame que j’attise embrase mon pauvre cervelet. Ma décadence planifiée s’évertue à me faire chuter. Je clopine. Une espèce de chien errant à trois pâtes. Un chien errant à pédigrée. C’était l’année du « B ». Je ronge mes os. Je me dévore de l’intérieur. Je suis mon propre cancer. J’aime tellement me plaindre que la souffrance devient une cause et non une conséquence. J’ai l’âme d’un corniaud dans le corps d’un berger.

Après un déjeuner — peu élaboré, mais parfaitement idoine — à base de café, d’oranges pressées et de confiture sur pain noir beurré, Benveniste se prépare pour sa première promenade. Il enfile avec délice ces chaussures de marche antédiluviennes toutes durcies par la boue et légèrement trop grandes, car il sait déjà que les sentiers humides les assoupliront bien vite. Il projette la promesse future de l’extase boisée dans le laçage laborieux de ses lacets figés.

Je me cogne de partout comme une mouche énervée contre une vitre encrassée. Je distingue un dehors flou et ça me rend fou. Ou l’inverse. Peut-être suis-je trop flou pour devenir fou. Quelles sont mes intentions ? Ma place ? Mon utilité ? Je ne supporte pas la vacuité d’autrui alors que je suis une baudruche infatuée, persuadée que son néant est un infini. Il est temps que je me vide, que je trouve l’aiguille qui me fera éclater. Me remplir des autres ? Je ne suis pas prêt. Le serai-je jamais ?

Il a enfilé le gros manteau, celui qui sent bon la cave tempérée. Le voilà parfait, il n’a plus qu’à tourner la clé. La porte s’ouvre sur une nouvelle journée, celle d’un début de printemps un peu frisquet qui le prend dans ses bras sans animosité. Son premier pas le fait frissonner, l’herbe se fait sentir sous la semelle du vieux soulier et, malgré l’épaisseur du vêtement censé l’en protéger, une brise légère vient lui chatouiller le nez. Très ému d’entendre une faune qui n’a ni klaxon ni fumée, il observe cette liberté.

J’ai trouvé ! Fuir étant ce que j’ai toujours fait de mieux, autant s’en aller. Il faut que je promène ma sale race dans un ailleurs programmé. Un endroit sans humains à comparer. Un endroit isolé dont je serai enfin le seul inquisiteur. Un endroit qui ne me fera pas peur. La ruine retapée perdue dans sa forêt. Cinq ans que je n’y suis pas retourné. Je dois permettre à mes sens de se renouveler et cette nature me permettra encore de me rappeler que je ne suis plus un mort parmi les siens.

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