Short Nouvelle #31 – Parmi les siens

 

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C’était complètement fou de voir ça. Tout ce monde assis, prêt à se lever les bras en l’air, prêt à hurler. J’étais partagé entre me laisser aller à la liesse ou rester assis pour prouver mon indépendance de fourmi. Mais je me suis levé malgré tout. Ma désynchronisation ne passa pas inaperçue autour de moi, mais à part quelques regards de biais, rien ne me fut gravement reproché. L’heure était à la joie. Alors allons-y, pourquoi pas ? Peut-être que cette folie me fera du bien.

J’imitais le monde et ce n’était franchement pas désagréable. Rien à voir avec le sujet de cette euphorie de groupe, mais tout à voir avec ce groupe avec lequel je partageais — faussement — un instant de bonheur. Et puis crier. D’abord doucement, comme un chat qui réclame ses croquettes, puis plus fort, comme un homme en manque de virilité. Puis enfin, sorti du fin fond de la tripe, celui sans fin de la primitive libération. Ce hors de soi me permit de découvrir que je n’été pas seulement un être humain.

C’était bon, c’était simple et c’était maintenant. Il n’y avait plus d’ailleurs. Mais cet instant n’était pas infini et, malgré quelques récalcitrants lourdingues, nous nous assîmes tous à nouveau. L’événement se poursuivit, mais plus personne n’écoutait ou ne regardait vraiment, perdus que nous étions dans la communion tribale venant d’être vécue. Nous nous observions en partageant des regards complices, très contents de nous même en tant que groupe. J’avais enfin la preuve de faire partie d’un tout.

Le contraste fut d’autant plus fort quand je rentrais chez moi. Seul dans la nuit d’une rue vide. C’en était comique tellement c’était pathétique. Il ne manquait plus que le vieux crachin d’une pluie qui ne dit pas son nom pour parfaire cette misère sociale. J’avais encore le feu de l’allégresse qui bruissait dans mes oreilles. Une espèce de bourdon de voix continu, comme le ressac que l’on croit entendre dans un coquillage. J’espérais secrètement que ce n’était pas un acouphène naissant.

Après quelques heures à m’être dessoûlé de la présence massive de mes contemporains en regardant des vidéos idiotes sur internet, je réalisais que mes oreilles résonnaient encore de la joie des autres. J’étais foutu. Pourquoi j’y étais allé ! Il faudrait maintenant que je trouve un ORL qui me dirait qu’on ne pouvait pas y faire grand-chose et que ma vie était pas mal finie… Plus jamais je ne pourrais dormir, plus jamais je ne pourrais me défaire de cette foule que je fuyais tant.

Finalement, j’ai quand même réussi à m’endormir ce soir-là. Et j’ai même passé une des meilleures nuits de ma vie. D’une traite et sans rêve. Et au réveil, plus rien. Pas de sons envahissants. Pas de connivences bruyantes. Mes oreilles n’entendaient que la voix habituelle de mes voisins sans travail qui résonnait dans la cour. Ce fut une très bonne nouvelle, cela voulait dire que j’allais pouvoir recommencer à hurler avec les autres. J’allais pouvoir continuer à refermer la porte de ma misanthropie.

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