Short Nouvelle #39 – Les imbéciles

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Il avait beau regarder par la fenêtre, aucune des gouttes qui ruisselaient lentement vers le rebord ne lui offrait un quelconque réconfort. D’habitude ces dégoulinades avaient un impact reposant sur son état de stress permanent. Mais là, rien. Si même la pluie ne lui apportait plus aucun apaisement, qu’allait-il devenir ? Allait-il devoir faire comme tous ces moutons et apprécier le beau temps ? Jamais ! Toute sa vie avait été un long combat contre le bonheur des autres, ce n’est pas maintenant que ça allait s’arrêter.

Il détacha son regard de la fenêtre et se retourna. Il observa méticuleusement la pièce qui lui servait à la fois de chambre, de salle à manger et de cuisine. Il était certain que se cachait là, dans cet amas de choses uniquement dédiées à l’utile (pas de décoration, pas de plantes, pas de télévision, pas de chaîne stéréo), une solution à son désarroi. Il saisit un livre sur l’art d’emmerder les autres et se mit en quête d’un passage dont il se souvenait vaguement. C’était d’une importance capitale.

« …l’être humain, cette infamie. Pour autant, les personnes de bon sens, si tant est que cela puisse exister, préféreront avoir affaire à un imbécile qu’à un savant. L’ignorant aura toujours cette stupidité bovine qui l’amène à suivre son maître comme ses congénères à cornes allant docilement vers l’abattoir. Car s’il est bien une chose que les singes au rabais que nous sommes apprécions et nous devons d’apprécier, c’est l’ascendance. Ouvrez votre porte et soumettez le premier imbécile que vous verrez. Il va sans dire que… « 

Il avait biffé tout ce paragraphe à l’aide d’un crayon à papier, ce qu’il faisait rarement. Il le savait ! Cela avait pris beaucoup moins de temps que ce à quoi il s’attendait. Il saisit le manteau élimé dont il se servait depuis vingt ans (« je ne vois pas pourquoi je le changerais s’il n’est pas troué ! »), prit ses clés et déverrouilla les trois verrous de sa porte (« on ne sait jamais ! »). Avant de l’ouvrir, il jeta un œil à travers le judas pour voir s’il y avait du monde dans le couloir. Une vieille habitude.

Personne sur le palier ni dans l’escalier. Tant mieux il n’avait aucune envie d’assujettir ses abrutis de voisins, il les côtoyait suffisamment comme cela. L’immeuble était d’ailleurs particulièrement silencieux pour un dimanche pluvieux. Ils devaient tous être en train de dormir fatigués de leurs débauches de la veille ou de digérer leur repas, ces veaux insatiables. Il était presque arrivé dans la cour intérieure quand il entendit des éclats de voix provenant de la porte d’entrée.

Horreur ! Un déménagement ! Il fallait vite prendre une décision. Allait-il à la confrontation au risque d’être submergé par un troupeau d’idiots ou rentrait-il chez lui ruminer une fois de plus son dégoût ? Mais le déménageur était déjà à sa hauteur. Seules ses mains étaient apparentes, le reste de son corps étant caché par l’imposant miroir qu’il transportait. Et l’homme qui détestait les hommes découvrit alors son reflet en pied et y vit un triste imbécile. Il se soumit sans résister et n’aima plus jamais la pluie.

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