Short Nouvelle #41 – Accomplissement

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Giacomo était caché dans son buisson depuis maintenant une heure. Il avait froid et commençait à avoir des crampes aux cuisses à force de rester accroupi. De plus, le taillis qu’il avait choisi était particulièrement peu confortable. Non pas que les buissons soient conçus pour l’être, mais là, une multitude de contondances lui massacrait lentement la chair. Mais il ne regrettait rien, car le spectacle auquel il assistait valait largement toutes les maltraitances que son corps puisse subir.

Giacomo avait tout de même pensé à emmener de quoi se sustenter. Deux canettes de Coca Light et des madeleines longues. Il avait même pris soin d’ouvrir le paquet de petits gâteaux au préalable afin de ne pas se faire remarquer s’il avait un creux. Le problème était qu’ils prenaient ainsi légèrement le gout de sève de l’arbuste touffu dans lequel il se dissimulait, ce qui n’était pas très goûteux. Il avait aussi ouvert les canettes en avance, mais l’une s’était renversée et l’autre était à présent éventée.

Au bout d’une heure et demie, la douleur inhérente à la disposition complexe de son corps entravé par le buis finit par devenir intolérable. Malheureusement son cerveau refusait de se soumettre et ne souhaitait sous aucun prétexte quitter l’événement incroyable qui se produisait devant lui. Fatalement, Giacomo ne put éviter le résultat de ce genre de conflit : ses membres cessèrent soudainement de lui obéir et il s’effondra sur lui-même dans un fracas de feuilles fraîches.

Par chance, il s’écroula en arrière et n’eut pas à affronter directement l’horreur de la situation. Il mit d’ailleurs un certain temps à réaliser que, d’une part, une bonne partie de son corps maintenant détendu baignait dans une marre de soda et, d’autre part, que ses grosses chaussures de montagne bon marché étaient disponibles de l’autre côté de la haie au vu et au su de tous. Quand il prit enfin conscience de l’issue catastrophique que cela impliquait, il replia ses jambes le plus lentement possible.

Mais il était trop tard et une voix commençait déjà à gronder. Il entendit des pas se rapprocher rapidement de lui. Il était fichu et sa vie défila devant lui. Naissance prématurée. Scolarité médiocre, mais suffisante. Maîtrise d’histoire de l’art en six ans. Un poste de secrétaire au musée piscicole de Vouir-Sur-Plaisance. Pas d’amis. Pas d’amour. Fin. Il eut à peine le temps de ne rien regretter tant ce qu’il venait de voir le comblait qu’on le tira de sa stupeur.

– Mais qu’est-ce que tu fous là Giacomo !

– Heu rien, je faisais une sieste.

– Une sieste ! Je t’en foutrais, moi, de la sieste ! Allez, lève-toi, fils de taré. Putain, pile au moment où j’allais enfin finir de déblayer le jardin !

– Désolé…

– Rentre chez toi !

– Pardon papa.

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