Short Nouvelle #10 – Plus de Toi

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La lumière du jour. 10 h ? 12 h ? 15 h ? J’ouvre un œil puis l’autre. Le plafond est toujours  là avec sa fissure dans un coin. Je sais que sans effort, rien ne disparaîtra, mais j’ai beau plâtrer mon cerveau, la douleur s’insinue encore. Cinq jours sans un nez dehors. Des boîtes de conserve, des pizzas et des céréales finies à l’eau. Je n’ai pas le courage de constater que le monde tourne sans moi. Je n’accepte pas de n’être plus aimé(e). J’ai éteint mon téléphone. Internet est mon ami. La télé est mon amie.

Comme lorsqu’on inhale ce que l’on produit de plus sale, il y a de la jouissance dans l’autodestruction. C’est une forme sauvage d’exutoire. Une réelle rupture avec le regard de tous ces autres. Une permission de s’égarer dans un néant infécond. Et surtout haïr tous ceux qui vivent mieux. Or, personne ne peut souffrir autant que moi. L’appartement est une poubelle dont je suis le déchet principal. Je deviens le roi de la décharge. Je suis la reine des ordures. Vive le royaume de l’oubli !

Plus rien à manger et plus assez de sous pour la livraison de pizzas. Mon ventre fait appel à ma raison. Il n’a pas tort. Je veux bien souffrir tant que cela me permet de me morfondre, mais de là à crever… Il va falloir sortir. La dernière fois, c’était avec toi, il y a dix jours. Je vais devoir prendre une douche pour recréer l’illusion d’une conformité sociale. Je redoute la confrontation du miroir, il ne va pas être content de me revoir. Malgré la peur de retrouver l’extérieur, je ne suis pas mécontent(e) d’avoir encore faim.

Le Soleil m’éblouit et m’empêche d’avancer. Sa chaleur m’agresse, elle m’oblige d’accepter sa tiède bienveillance. Mes oreilles bourdonnent sous l’ assaut des voix et des moteurs. Tout ce bruit me rappelle à la vie des autres. Seule l’odeur de l’air me fait du bien. Il anime une part de mon être, heureux d’échapper au confinement grotesque de mon appartement. Cela me donne envie d’avancer. Mes yeux se décillent et mon estomac gargouille. Il est temps de bouger. Un léger goût de vie s’est invité malgré moi.

Mon corps se dirige seul vers le petit supermarché. Durant le trajet, je découvre sans déplaisir les micros-changements du quartier. Un nouveau graffiti. Une nouvelle devanture. De nouveaux travaux. Je repense soudainement à toi. Pourquoi ? Mon obsession ne supporte pas la diversion. Je vais encore pleurer. Seul(e) au milieu d’un trottoir. Et puis non, pas envie. Mon amour propre en a marre d’être sali. J’ai très faim et je suis trop proche du but alimentaire. Encore un effort, camarade moi-même !

Deux sacs pleins. Tout l’arsenal de l’antidépresseur sans ordonnance : de la glace, des biscuits, des apéritifs en sachet, du vin, du fromage et de la charcuterie. En rentrant, je vais ranger mon bordel, histoire de pouvoir apprécier confortablement mon traitement en regardant un film. Je vais peut-être lire mes mails. Le téléphone attendra un peu. Je réalise soudainement que c’est le printemps et que le Soleil n’est pas mon ennemi. J’ai même envie de boire un verre. En terrasse. Sans toi.

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